Bains au noir en CHSLD : un résultat des coupes à l’aveuglette ?

Bains au noir en CHSLD : un résultat des coupes à l’aveuglette ?
Communiqués - 23 avril 2015
Bains au noir en CHSLD : un résultat des coupes à l'aveuglette ?

Montréal, le 23 avril 2015 – Le 16 avril dernier, le ministre Barrette répondait aux questions des médias sur les services de « bain au noir » offert aux résidents des CHSLD. En effet, certains préposés offrent aux résidents qui le demandent un bain supplémentaire, moyennant une somme d’argent non déclarée. Derrière cette pratique, l’on comprend clairement que les services se détériorent.

En tant qu’organismes de défense des droits des personnes en situation de handicap, Ex aequo, le Regroupement des organismes de promotion du Montréal métropolitain (ROPMM) et le Mouvement PHAS dénoncent la nonchalance avec laquelle le ministre pense avoir réglé le problème. « Les 33 [dirigeants des CISSS] ont eu la directive formelle d’arrêter cette pratique », affirmait le ministre de la santé. Cependant, l’on peut bien interdire une pratique, mais ça ne règle pas la cause du problème. Il faut proposer et adopter une solution viable applicable à l’ensemble des CSHLD. Car, les bains au noir sont la conséquence de l’insuffisance de services visant à pourvoir aux besoins d’hygiène des personnes en situation de handicap, hébergées en CHSLD.

À la question du ministre Barrette « Avez-vous rapporté récemment dans vos médias des situations où l’hygiène était un problème ? », le vice-président d’Ex aequo, M. Guy Simard, ne pourrait que répondre par l’affirmative.

Suite à une maladie, M. Simard, âgé de 52 ans, habite en CHSLD depuis 2010. Dans son témoignage, celui-ci nous a fait part de problèmes fréquents, qui sont malheureusement passés sous silence dans les établissements d’hébergement. « Quand un préposé aux bénéficiaires me lave avec une débarbouillette et qu’il commence par mes parties génitales pour finir par mon visage avec la même débarbouillette, c’est pas normal ! Quand le personnel de nuit change ma culotte d’aisance parce que j’ai eu un incident et qu’il change seulement la culotte sans me laver, c’est un manque de respect à ma dignité. Ce type de traitement est inadéquat et augmente les risques de plaie. Pour moi, ça, c’est criminel ! Heureusement que cette pratique n’est pas généralisée par tous les préposés, mais ça n’est pas normal que ça arrive. »

M. Simard ajoute que le personnel des CHSLD est surchargé de travail. « Il y a un manque visible d’effectifs, l’épuisement psychologique et le stress se fait sentir. Les compressions budgétaires en santé n’aideront en rien à l’amélioration des conditions. Encore une fois, on oblige les dirigeants des établissements de santé publique à optimiser pour sauver de l’argent. »

Le mémoire du Protecteur du citoyen, présenté en février 2014 à la Commission de la santé et des services sociaux, renforce les allégations de M. Simard.

La solution du ministre, à l’effet d’avoir recours à des services payants provenant du privé, d’entreprises d’économie sociale (EÉSAD) ou aux membres de la famille pour donner un bain supplémentaire, est totalement inacceptable. En proposant une telle solution, le gouvernement québécois fait la promotion d’un système de santé à deux vitesses : un pour les riches, un pour les pauvres. Rappelons que la RAMQ fixe à 1789,80$ par mois la contribution maximale pour une personne hébergée en chambre individuelle. L’usager peut, s’il le souhaite, faire appel aux EÉSAD pour lui dispenser des services supplémentaires, notamment des bains. « En moyenne, une heure de service d’aide à la vie quotidienne, [comme] les bains, coûte 22,65 $. », affirmait le ministre, le 21 avril dernier, à l’Assemblée nationale. Dans la logique du ministre Barrette, comme la norme actuelle d’hygiène dans les CHSLD est de un bain par semaine, les personnes hébergées peuvent avoir recours à des services tarifés afin d’obtenir des bains supplémentaires. Donc, si un usager désire recevoir un bain chaque jour, il lui en coûtera plus de 8 000$/an. Dans ce contexte, qu’en est-il des personnes les moins bien nanties (auxquelles on ne laisse que 207$ par mois pour leurs dépenses personnelles) dont la capacité à payer ne leur permet pas de s’accorder ce « luxe » ?

En imposant la tarification à des gens qui n’en ont pas les moyens, le gouvernement québécois fait fi de la Loi canadienne sur la santé, et de son assujettissement au principe de l’universalité et de l’accessibilité des services. Nous rappelons également que l’article 3 de la même loi garantie aux habitants du Canada « un accès satisfaisant aux services de santé, sans obstacles d’ordre financier ou autre. »

En somme, à l’instar des coupes dans l’aide à la préparation des repas, dans le soutien à domicile, dans des programmes d’intégration des personnes en situation de handicap ou dans le logement, le 2e bain hebdomadaire semble être accessoire pour le gouvernement, mais pas pour les personnes que nous représentons.

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Ex aequo est un organisme montréalais sans but lucratif qui se consacre, depuis 1980, à la promotion et à la défense des droits des personnes ayant une déficience motrice. Ex aequo favorise l’action citoyenne de ses membres et la concertation avec différents organismes.

Le ROPMM est un regroupement d’une trentaine d’organismes engagés dans la promotion des intérêts et la défense des droits des personnes ayant une déficience motrice, visuelle, auditive, du langage et de la parole, et organique, et de leur famille, à Montréal.

Le Mouvement des personnes handicapées pour l’accès aux services (PHAS) est une coalition qui a pour mission de mobiliser les personnes en situation de handicap et leurs proches pour promouvoir et défendre collectivement le droit d’accès à des services sociaux et de santé publics qui répondent aux besoins des personnes handicapées.

Source :

Ex aequo
Marie-Claude Normandin, relationniste, 514.288.3852, p. 228, info@exaequo.net
Alexandra D’Amours, agente de défense des droits en santé et services sociaux, adamours@exaequo.net, 514-288-3852 p. 226

ROPMM
Annie Pelletier, directrice générale, 514-255-4888

Mouvement PHAS
Olivier Martin, Coordonnateur, (514) 638-4777,mouvementphas@yahoo.ca