L’équipe d’Ex aequo interpelle M. Barrette

L’équipe d’Ex aequo interpelle M. Barrette
Nouvelles - 6 octobre 2014
L'équipe d'Ex aequo interpelle M. Barrette

L’équipe d’Ex aequo, par l’entremise de son directeur général Pierre-Yves Lévesque, s’est adressé au Ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette dans le cadre d’une lettre ouverte publiée dans La Presse le 3 octobre dernier. Dans ce texte, cosigné par plusieurs autres employés de l’organisme, Ex aequo demande un plus grand investissement en ressources résidentielles et en soutien à domicile.

La lettre est disponible sur le site de La Presse et en en téléchargement (pdf)

L’autonomie à meilleur coût
Si le ministre Barrette cherche à réaliser des économies, nous l’invitons à étudier avec un meilleur soin le dossier du soutien à domicile. Un investissement dans des ressources résidentielles alternatives permettrait au gouvernement de sauver un peu d’argent… et peut-être aussi quelques vies.

Yvan Tremblay est décédé le 14 septembre dernier. Son existence, parsemée d’embuches et d’obstacles, a connu le plus triste des dénouements alors qu’il s’est tragiquement enlevé la vie. À ce citoyen quadriplégique, redevenu autonome après un accident de travail, on lui a tout enlevé : son logement, son indépendance, son chez-soi. On l’a ensuite forcé à aller vivre dans un CHSLD par « mesure de sécurité ».
Les raisons expliquant ce zèle administratif demeurent nébuleuses. Mais l’une des causes de cette tragédie est certainement le manque de ressources résidentielles disponibles.

Des chiffres récents dressent un portrait accablant de la situation résidentielle au Québec. Les personnes avec des limitations fonctionnelles, comme M. Tremblay, sont peut-être les plus durement touchées. Environ 55 % des 15-64 ans en situation de handicap dispose d’un revenu annuel inférieur à 15 000$. De toutes les personnes en ménage ayant une déficience, 75 % vivent sous le seuil de la pauvreté. Le résultat clair : il n’existe pas suffisamment de ressources résidentielles, comme des coopératives, pour accueillir ces personnes qui sont alors contraintes d’habiter dans un CHSLD. Dans plusieurs cas, il s’agit même de très jeunes adultes qui se retrouvent à vivre dans un milieu d’âge d’or.

Le problème ne va que s’aggraver avec le vieillissement de la population. De plus en plus de personnes auront besoin d’un certain soutien à domicile, hors quoi ils seront contraints de déménager en CHSLD. Pendant ce temps, le programme d’adaptation à domicile de la Société d’habitation du Québec est amputé de 28M$.

Le cul-de-sac dans lequel s’enlise présentement le Ministère de la Santé n’est évidemment pas la direction à emprunter, tant pour des raisons humaines que financière. Cette façon de faire illogique et beaucoup trop coutumière, que de « placer » en CHSLD des gens qui pourraient très bien vivre avec du soutien à domicile, ne se fait pas seulement au coût de la dignité humaine, mais aussi au coût des fonds publics.

Il en coûte effectivement plus cher céder une place en CHSLD (approximativement 95 000$) que d’offrir des services résidentiels dits intermédiaires ou avec un soutien à domicile (environ 45 000$). À titre d’exemple, le projet Habitation Pignon sur roue est un milieu de vie accueillant dix locataires autonomes qui reçoivent des services adaptés à leur besoins, ce qui leur permet une participation optimale dans la société.

En obligeant une personne à quitter son chez-soi, comme ce fut le cas avec Monsieur Tremblay, on lui enlève une partie de sa dignité et cette suppression d’autonomie se fait au frais de l’État. Un non-sens auquel le gouvernement doit immédiatement remédier en investissant dans de nouvelles ressources résidentielles.

Dans sa chronique du 23 septembre dernier, l’éditorialiste de La Presse Ariane Krol souligne avec justesse : « Combien de personnes vulnérables se voient soumises à des directives absurdes qui, en plus de menacer leur dignité, risquent de les transformer en fardeau pour la société ? Même si on en entend peu parler, on devrait s’en préoccuper - si ce n’est par empathie, au moins par calcul. Car enfin, quand une dame de 99 ans se sera cassé une hanche ou un paraplégique aura perdu davantage d’autonomie, qu’aura-t-on gagné au juste ? »

Monsieur le ministre Barrette, le suicide d’Yvan Tremblay est inacceptable et démontre bien la mauvaise organisation au Québec des services offerts aux personnes en situation de handicap. Vous savez très bien qu’une personne est plus heureuse lorsque ses besoins en services de santé et services sociaux sont comblés et qu’elle en coûte ainsi certainement moins cher au gouvernement et aux contribuables. Nous vous demandons donc d’investir dans le soutien à domicile pour prévenir d’autres drames, éviter l’isolement des personnes en situation de handicap et leur donner la chance de vivre une véritable inclusion au sein de la société québécoise.

Pierre-Yves Lévesque,
Directeur général chez Ex aequo, organisme de défense des droits des personnes ayant une déficience motrice.
Cosignataires de l’équipe d’Ex aequo : Kéven Breton, Benoit Racette, Alexandra D’Amours, Jessica Cinq-Mars