Les coupes des blocs-repas : un symptôme du manque de financement

Les coupes des blocs-repas : un symptôme du manque de financement
Communiqués - 11 mars 2015
Les coupes des blocs-repas : un symptôme du manque de financement

Les politiques d’austérité mènent l’administration de certains CSSS à revoir à la baisse le nombre d’heures de soutien à domicile (SAD) des individus présentant des déficiences plus légères. Ainsi, ils n’offrent plus l’aide à la préparation au repas gratuitement. Dorénavant, seul le « cadre thérapeutique » justifie la gratuité de l’aide accordée pour le bloc-repas.

Les coûts supplémentaires pour palier à un handicap sont inadmissibles lorsque l’on sait que 54,8% des personnes âgées entre 15 et 64 ans ayant des incapacités ont un revenu annuel de 15 000$ et moins (Institut de la statistique du Québec, 2006). Monsieur le premier ministre, permettez-moi de rétorquer que manger trois fois par jour n’est pas un « besoin thérapeutique », c’est un besoin essentiel ! Il en va de la santé à long terme pour des personnes déjà fragilisées.

Plus encore, et à la lumière de certaines recherches telles que « Who’s next ? Referral prioritisation criteria for home care occupational therapy » (Raymond et al. 2014), on constate que la tendance est à défavoriser les personnes qui ont des besoins liées à leur autonomie dans l’octroi des services. Mais globalement, si les CSSS sont contraints de faire ces choix déchirants, c’est essentiellement par manque de ressources financières.

En adoptant cette mesure, les CSSS mettent en péril l’autonomie des personnes en situation de handicap. À force de couper dans les heures de services nécessaires à l’inclusion sociale, les personnes ayant une déficience physique ne pourront plus vivre chez elles et dépendront des centres d’hébergement ou des ressources intermédiaires : institutionnalisation qui coûte doublement plus cher à l’État que le SAD [rappelons qu’une place en CHSDL coûte entre 65 000 $ et 85 000 $ annuellement]. Faut-il vous rappeler le geste irréversible de monsieur Yvan Tremblay pour que votre gouvernement réagisse ? Combien faut-il de suicides de personne en situation de handicap pour que le gouvernement comprenne que les SAD, l’autonomie et la vie dans la dignité, c’est important pour nous ?

Des SAD appropriés c’est payant, monsieur le premier ministre
Dans son enquête canadienne sur les incapacités (2012), Statistiques Canada démontre que 13,7% de la population vit avec des limitations allant de légères à sévères. Une aussi grande proportion mérite une attention toute particulière dans un contexte de vieillissement de la population.

Le SAD permet à la personne qui en bénéficie de faire partie de la population active : travailler, étudier, s’impliquer et s’accomplir. Il crée également des carrières stables (auxiliaires, ergothérapeutes, travailleurs sociaux, préposés à domicile, etc.) et à prédominance féminine.

« Monsieur le premier ministre, le gouvernement du Québec n’a pas les moyens de se passer d’un soutien à domicile adéquat ! »
En plus des coupes dans le SAD, une personne en situation de handicap a déjà « droit » à celle de l’enveloppe du Contrat d’intégration au travail (gelée pour les deux prochaines années fiscales), aux coupes dans l’aide sociale, aux réductions d’octrois du programme PASS-ACTION en plus de la remise en question d’Accèslogis.

Vous comprenez probablement mieux pourquoi les Casseroles surchauffent

Dans l’espoir que votre gouvernement ne compromettra plus le contrat social à l’égard de l’inclusion.

Signé Pierre-Yves Lévesque
Directeur général et fondateur d’Ex aequo