Le rapport sur l'accessibilité universelle :
Un travail bien fait !

Après avoir siégé pendant plusieurs mois, la Commission du conseil municipal sur le développement culturel et la qualité du milieu de vie a finalement rendu publiques, au début de septembre, ses recommandions en matière d'accessibilité universelle pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles.
C'est, en effet, en grande pompe, lors d'une assemblée publique tenue le 27 septembre dernier, que les membres de la Commission ont adopté une trentaine de recommandations et celles-ci ont été déposées le 30 octobre devant le Conseil municipal. Ces recommandations avaient pour but de bonifier le plan d'action 2007 de la Ville de Montréal dont l'objectif est de favoriser l'intégration sociale et culturelle des personnes vivant avec des limitations fonctionnelles sur son territoire. Elles faisaient suite à la consultation publique du 21 juin 2006 où un grand nombre de personnes handicapées et de leurs représentants avaient exprimé leurs préoccupations en matière d'accessibilité universelle.
Inutile d'insister donc sur l'impatience avec laquelle tout le milieu associatif des personnes handicapées attendait ce rapport. Avait-on tenu compte de leurs commentaires et de leurs recommandations? Allait-on proposer des solutions susceptibles d'apporter des correctifs à des situations pour le moins problématiques à Montréal? … Or, si on en juge par les commentaires des nombreuses personnes handicapées qui se sont adressées à la Commission après la lecture des recommandations, personne n'a été déçu par le rapport.
Certains intervenants ont, bien sûr, suggéré quelques modifications aux recommandations soumises par la Commission ou ont laissé entendre que certaines d'entre elles seraient sans doute bonifiées en cours d'application, mais, hormis ces questions de détails, le rapport a été fort bien accueilli. De l'avis de tous ceux qui sont intervenus, en effet, ce qui en fait d'abord l'intérêt, c'est la vision d'ensemble qui s'en dégage. Une vision d'ensemble qui témoigne d'une bonne compréhension des problèmes causés par le manque d'accès aux édifices publics, aux moyens de communication et aux services de la Ville de Montréal pour les personnes qui vivent avec des limitations fonctionnelles.
Lorsqu'on examine ce rapport, on constate que les trente recommandations qu'il contient sont regroupées selon les sujets qu'elles abordent. En effet, après une première recommandation d'ordre général qui souhaite que le gouvernement municipal " poursuive, consolide et finance adéquatement dans le cadre de son plan d'action 2007, … la mise en œuvre des interventions du plan d'action 2006 et soutienne financièrement le développement de nouveaux projets de manière à répondre davantage aux besoins … ", le rapport aborde douze questions qui concernent directement l'accessibilité universelle. Évidemment, tous ces sujets ne présentent pas le même intérêt : certains d'entre eux ne visent qu'à mettre en place des structures ou des pratiques qui favorisent ou s'assurent de l'application de certaines recommandations. C'est le cas, par exemple, de toute cette partie du document qui concerne l'établissement et le rôle que devra jouer le comité de vigie. C'est le cas également de cette autre partie qui traite de la formation des employés municipaux. Plusieurs de ces sujets présentent toutefois un intérêt plus brûlant et constituent ce qu'on peut appeler le cœur du rapport de la Commission. Ils regroupent les recommandations qui touchent plus particulièrement l'accessibilité des lieux publics, des programmes municipaux et des moyens de communication.
L'accessibilité des lieux publics
À part l'enveloppe d'un million par année que la Commission recommande à la Ville de consacrer à l'amélioration de l'accessibilité universelle de ses édifices, ce qui retient le plus l'attention dans les trois blocs du rapport qui sont consacrés à l'accessibilité des lieux publics, ce sont les recommandations qui concernent l'habitation. Elles prévoient non seulement que la Ville en collaboration avec les arrondissements, " sensibilise les promoteurs immobiliers privés à construire et à rénover leurs bâtiments selon les principes de l'accessibilité universelle ", mais également, qu'en collaboration avec le milieu associatif et l'OPHQ, elle mette en place " une procédure d'appariement efficiente et efficace " entre ceux qui offrent et ceux qui cherchent des logements accessibles.
Le projet de rédiger un guide pratique d'aménagements urbains accessibles universellement à l'intention des arrondissements et des services corporatifs est aussi un fait saillant de ces trois blocs. Ce qui est fort intéressant dans ce projet, c'est que ce guide risque de
favoriser l'harmonisation des interventions d'un arrondissement à l'autre et que celui-ci devrait faire, selon la recommandation de la Commission, l'objet d'une formation auprès de certains employés municipaux.
L'accessibilité des programmes municipaux
C'est en grande partie de loisir en général et d'activités culturelles organisées par la Ville qu'il est question dans le bloc qui concerne l'accessibilité des programmes municipaux. Cela s'explique parce que le loisir est souvent la porte d'entrée de l'intégration. Le seul programme d'accompagnement en loisir, par exemple, s'y voit consacrer trois recommandations dans lesquelles la Commission conseille à la Ville de continuer à octroyer une enveloppe de 3000000 $, à poursuivre ses démarches pour y faire augmenter la part du gouvernement provincial et à inciter ses arrondissements à y investir. Toutefois, même si ce programme est particulièrement populaire auprès des personnes handicapées, ce n'est pas là que se trouve le fait saillant du bloc consacré à l'accessibilité des programmes. Il se trouve plutôt dans deux autres recommandations. La première prévoit que l'organisation d'activités de loisir ou d'événements culturels et artistiques devra tenir compte d'un lieu et d'un contenu qui soient accessibles aux personnes handicapées. La seconde stipule que la Ville devra favoriser " la diffusion d'activités et d'événements culturels et artistiques mettant à l'avant-plan la contribution des personnes handicapées à la culture et aux arts ".
L'accessibilité des moyens de communication
Ce volet de l'accessibilité universelle touche davantage les personnes souffrant d'un déficit visuel, auditif et intellectuel, mais comme il est souvent difficile de tirer une ligne de démarcation nette entre les différents types de handicaps, un très grand nombre de personnes handicapées sont confrontées quotidiennement au manque d'accessibilité des communications municipales. Pourtant, c'est le domaine de l'accessibilité le moins développé à Montréal. Le retard à rattraper est donc important et c'est justement ce à quoi s'emploie le rapport de la Commission. Ici, en effet, on ne peut pas parler de fait saillant. Les quatre recommandations qui composent ce bloc n'ont rien de particulièrement originales, sauf peut-être celle qui prévoit étudier la possibilité d'offrir aux personnes sourdes un service d'interprétariat pour les conseils de Ville et d'arrondissement.
Malgré la bonne volonté qui ressort de ce rapport, il faut garder en mémoire que celui-ci ne constitue qu'une première étape. Le message que nous avons livré, le 21 juin dernier, lors de l'assemblée publique tenue par la Commission, semble avoir été bien capté. Reste à savoir maintenant ce que le conseil municipal fera de ces recommandations. Ces dernières années ont clairement démontré à quel point l'administration Tremblay était sérieuse dans son intention d'intégrer les personnes handicapées et de " faire de Montréal une ville modèle en Amérique du Nord concernant l'accessibilité universelle ". Il n'en reste pas moins pourtant que l'actuelle situation financière de la Ville est, pour le moins, préoccupante : il manque 400 millions pour que son budget de 2007 soit équilibré. Selon les propos mêmes du maire Tremblay " tous les programmes municipaux sont sur la table " et sont susceptibles de subir des compressions. Il est vrai que lors de l'assemblée du conseil du 30 octobre denier où fut adopté le rapport de la Commission, monsieur le maire a tenu à rassurer les personnes handicapées. Mais il est permis de se demander si son conseil exécutif partagera longtemps son bel enthousiasme pour l'intégration. L'expérience ne nous a-t-elle pas appris la prudence? Ne nous a-t-elle pas appris qu'en ces périodes de restriction, l'intégration des personnes handicapées est trop souvent négociée à rabais? … Le prochain budget municipal nous en dira plus sur le sujet !!!

Ex aequo est disponible sur cassette,
pour ses
membres,
grâce à la
collaboration du RAAMM
(Regroupement des aveugles
et amblyopes
du Montréal métropolitain).